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page 82 - connaissez-vous votre sage-femme ? ingrid rennie - grande bretagne

Quelle est la réponse que nous obtenons lorsque nous demandons à une femme si elle connaît sa sage-femme? Malheureusement, trop de femmes répondent par la négative à cette question. Elles éprouvent beaucoup de difficultés à se souvenir de tous les visages vus à l'hôpital ou àla clinique: ceux du service de chirurgie générale ou ceux des séances de préparation. 

    Si les femmes pouvaient décider elles-mêmes, choisiraient-elles réellement d'avoir une étrangère pour les assister dans l'événement qui sera probablement le plus marquant de leur vie? Et pourtant, trop souvent, les familles acceptent ce système parce qu'aucune autre solution ne leur est offerte.

    Actuellement, à la suite de la réorganisation du travail des sages-femmes dans les hôpitaux de Londres, qui eut lieu entre 1983 et 1985 à l'initiative de Caroline Flint, nous avons un schéma bien établi grâce auquel les femmes peuvent connaître les sages-femmes avec lesquelles elles vont accoucher et les considérer souvent comme des amies personnelles. Il a été prouvé que ce système réduisait le nombre d'anesthésies au cours du travail et augmentait le nombre des accouchements normaux et naturels.
Caroline Flint, en tant que consultante en accouchement pour l'Office national de la santé, a formé quatre équipes de six sages-femmes. Chacune de ces équipes est responsable à présent d'une région géographique où elle possède sa propre clinique.

     L'objectif principal du schéma est d'avoir une équipe de sages-femmes à tout moment disponibles pour les futures mères et qui feront un peu partie de la famille.
Les femmes viennent chez nous de leur propre initiative. Il se peut également qu'elles nous aient été envoyées par le médecin généraliste ou par l'hôpital. Dès que possible, nous arrangeons un rendez-vous que nous planifions de préférence au domicile de la future maman. Nous pensons que ceci nous permet de nous sentir, en quelque sorte, comme des invitées dans une petite partie de la vie d'un couple. Nous sommes par conséquent très privilégiées. Nous ne nous cachons pas derrière un uniforme, mais nous offrons avec amour nos qualités professionnelles. 

    La rencontre initiale dure environ deux heures. Nous expliquons ce que nous allons faire, nous procédons à l'anamnèse de la patiente et prélevons des échantillons sanguins. Nous veillons également à ce que le couple soit conscient de notre «appartenance à la famille », et à ce qu'il connaisse la situation de notre clinique. Nous répondons toutes personnellement à tous les appels (il y a une sage-femme de garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre). Ainsi, les mères peuvent toujours nous contacter, que ce soit pour modifier un rendez-vous ou pour nous faire savoir que le travail a commencé. Avant de quitter les futurs parents, nous nous assurons que le prochain rendez-vous a été prévu ainsi qu'une échographie, et bien sûr que notre numéro d'appel a été noté et rangé dans un endroit sûr.

    Nous encourageons les femmes à réfléchir: vont-elles accoucher à domicile, à l'hôpital ou à la clinique? Et nous les soutenons totalement dans leur décision. Chaque cas est discuté avec un obstétricien et la politique de soins est déterminée. Il faudra planifier des rendez-vous à l'hôpital seulement dans le cas où il y a des facteurs de risques.

    Puisque la plupart des grossesses sont normales et ne posent aucun problème, elles peuvent être traitées par une sage-femme ou parfois par un médecin généraliste.
Les mères se rendent tous les mois dans nos cliniques jusqu'à la vingt-huitième semaine de grossesse, tous les quinze jours de la vingt-huitième à la trente-sixième semaine et ensuite toutes les semaines jusqu'à la naissance du bébé. Elles apprennent donc à bien nous connaître. En utilisant un système de rotation, chacune des six sages-femmes de notre groupe devrait rencontrer au moins une fois personnellement chaque femme enceinte. Nous organisons également tous les mois un après-midi café auquel nous participons toutes afin de connaître le mieux possible les femmes qui accoucheront le mois suivant. Si nécessaire, nous organisons également une visite supplémentaire à domicile, si cela nous est demandé. Nous restons à l'entière disposition des futures mères si des problèmes surgissent au cours de leur grossesse et nous assistons aux rendez-vous à l'hôpital.
Nous leur rendons une visite quotidienne dans le cas où elles doivent rester hospitalisées. 

    L'un des avantages de bien connaître ces femmes et de les considérer comme des amies est que nous sommes immédiatement intéressées, concernées, lorsqu'elles nous appellent au milieu de la nuit pour nous faire savoir qu'elles ont eu deux contractions au cours de la dernière heure. C'est en fait souvent l'occasion pour elles de bavarder un peu ou de parler d'un souci particulier qu'elles peuvent avoir au sujet de l'accouchement à venir. Parfois, nous nous arrangeons pour leur rendre visite à domicile, même si le travail n'est pas encore réellement commencé, simplement pour les réconforter et leur offrir un peu de compagnie. Récemment, j'ai passé presque une nuit entière à dormir dans un fauteuil à côté d'une femme qui allait accoucher. Elle était seule et triste de l'être.

    Au fur et à mesure que le travail avance, nous encourageons les femmes à rester le plus longtemps possible chez elles, en prenant un bain relaxant, en se promenant dans leur jardin ou dans un parc voisin si le temps le permet. Souvent, nous les aidons à préparer le dîner, ponctuant cette préparation de massages du dos durant les contractions. Si possible, nous laisserons le couple seul quelques instants et ferons d'autres visites. Nous nous assurons, et nous les assurons, que nous pouvons à tout moment, en cas de besoin, revenir dans leur maison. 

    Si un accouchement à l'hôpital a été programmé, nous ne faisons le transfert qu'au moment où la mère le désire tout en tenant compte du trafic de Londres, aux heures de pointe. Dans nos cliniques, nous avons tous les équipements, y compris une piscine, et nous préparons la chambre aussi confortablement que possible. Nous encourageons les techniques d'accouchement actif si la mère le désire. Mais nous sommes également heureuses de participer au travail après avoir utilisé un anesthésiant, si tel est le choix de la mère. Une équipe de sages-femmes reste avec le couple durant le travail et fait appel à une collègue si nécessaire, si ce travail est long. Cela ne pose aucun problème, car le couple connaît toutes les sages-femmes d'une équipe. Généralement, seule une sage-femme et le partenaire assistent à la naissance proprement dite.

    Pour les accouchements à domicile, deux sages-femmes sont présentes. Si certaines complications surgissent et nécessitent un accouchement par forceps ou une césarienne, l'équipe de sages-femmes reste avec la parturiente lors du transfert à l'hôpital. Beaucoup de femmes rentrent chez elles en famille quelques heures après l'accouchement et sont assistées par l'équipe durant toute la journée. D'autres restent en clinique pour quelques jours. Dans ce cas également, l'équipe leur rend visite.

    Pendant au moins dix jours, les sages-femmes visitent la mère et le bébé à domicile. Souvent, cela dure plus longtemps parce que les femmes ont besoin de nous voir, ou qu'elles demandent à nous voir. Et, plus important, nous tenons à rester en contact avec elles. C'est toujours amusant de rencontrer les mères (et les bébés) faisant leurs courses dans le magasin local ou d'avoir leur visite à la clinIque. Bien souvent on nous présente aux amies ou voisines en disant: «Voici une de mes sages-femmes.» J'en suis fière, car je suis certaine que, lorsque vous leur posez la question: «Connaissez-vous votre sage-femme? », elles vous répondront: «Mais bien sûr! » En nous connaissant en tant qu'êtres humains, nos patientes s'attendent également à ce que nous leur prodiguions des soins de haute qualité, ce qui est évidemment leur droit. Je pense que, grâce au système d'équipe que nous avons mis sur pied, nous nous retrouvons dans un environnement qui nous permet de parfaire nos connaissances et nos qualifications.

    Chaque semaine, nous organisons une réunion pour l'équipe et faisons l'effort d'y participer. Ces réunions nous donnent la possibilité d'échanger des points de vue et des idées ainsi que les informations nouvelles reçues par nos lectures. Une assistante sociale participe également à ces réunions. Nous discutons ainsi de la manière de coordonner nos soins. Ce travail en équipe est à la base de la création d'un véritable réseau. De nombreux appels téléphoniques sont échangés afin de décider de la meilleure manière de procéder lorsqu'il s'agit de résoudre un problème particulier. Et nul n'éprouve le moindre embarras à demander des conseils ou l'aide d'un autre membre de l'équipe. Je dois dire que nous tirons toutes une satisfaction exceptionnelle de notre travail, c'est quelque chose que je n'avais encore jamais expérimenté auparavant.

    Le comité gouvernemental pour les services de maternité a récemment rendu visite à l'équipe de la communauté et à l'hôpital de West London où a débuté cette nouvelle approche de la maternité. Tous les membres de ce comité ont été enthousiasmés par les réactions enthousiastes des femmes et par celles des sages-femmes prenant part au programme. Nous fondons l'espoir que davantage d'équipes de sages-femmes vont se créer et que toutes les mères pourront répondre: « Mais bien sûr! » à la question: « Connaissez-vous votre sage-femme? »