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page 55 - les sages-femmes que nous voulons - françoise falourd

  •     Si je peux vous parler des sages-femmes que nous voulons, nous les mères, les parents, c'est que j'ai eu la chance d'en croiser sur ma route quelques-unes hors du commun. Et je voudrais, à travers elles, que je connais, dire merci à toutes les autres aussi.
  •     Merci tout d'abord à Jeannette, sage-femme salariée d'hôpital, qui a su mettre ses qualités d'intelligence, d'humour, de lucidité et de patience au service de la lutte pour de meilleures conditions de naissance dans le monde... Merci à Brigitte, sage-femme salariée de la Prévention maternelle et infantile (PMI), qui s'efforce chaque jour de répondre aux attentes, aux demandes des femmes, dans la limite des moyens qui sont mis à sa disposition. C'est en la rencontrant que j'ai eu la stupeur d'apprendre qu'une sagefemme de PMI ne pouvait que donner des cours de préparation, sans même jamais « toucher» une femme enceinte et encore moins l'assister lors de son accouchement. Son attachement à son travail et aux femmes qu'elle rencontre n'en est que plus méritant.
  • Merci enfin à toutes les autres, Gilberte, Françoise, Bernadette, Farida, Éliane, Renée, Fabienne, Anne-Marie, Jacqueline, véritables praticiennes, pour l'accompagnement global de la naissance qu'elles nous proposent: être présentes tout au long de la grossesse, présentes pendant l'accouchement, présentes pendant les suites de couches.
  • Elles nous ont prises là où nous en étions de notre développement personnel; elles ont su nous accompagner, nous guider si nécessaire, à la découverte de nos corps defemmes et de nos compétences de mères. Elles ont su noue aider quand il le fallait, sans référence à aucune norme si ce n'est à notre propre histoire, notre histoire de femmes.
  • Pour vous parler des sages-femmes que nous voulons nous devons auparavant vous faire savoir ce qui nous a choquées dans les différentes approches que nous avons puavoir de votre profession. Ainsi, vous comprendrez facilement quelles sont nos aspirations et les relations que nous souhaitons avoir avec vous. Ce qui m'a beaucoup désorientée lors de ma première grossesse, c'est le nombre des intervenants autour d'une naissance, et l'impossibilité de choisir la personne qui allait m'aider à mettre mon enfant au monde, à l'hôpital ou à la clinique. Il me paraissait absurde, ce monde où chacun choisit avec soin son garagiste ou son coiffeur, mais où l'on n'hésite pas à se remettre entre des mains multiples et anonymes au moment d'un accouchement.
  • Le morcellement de votre profession perturbe la connaissance que nous avons de votre rôle. Peu de gens connaissent votre métier. Quand vous êtes sages-femmes en hôpital, on vous perçoit plus souvent comme des auxiliaires des gynécologue obstétriciens que comme des praticiennes responsables médicalement. Il n'est pas rare d'entendre des femmes ayant accouché dire d'un ton déçu: « Je n'ai eu que la sage-femme. » Certaines ont par contre le sentiment de n'avoir pas vu de sage-femme du tout, l'ayant confondue avec une aide-soignante, une infirmière ou une puéricultrice.Quand vous êtes libérales, l'écrasante majorité d'entre vous se limite à la préparation à l'accouchemen! et n'assure même pas un suivi de grossesse; ce qUI, se comprend, car à quoi bon faire un suivi de grossesse si on ne pratique pas d'accouchement?
  • Nous ne voudrions plus entendre de sages-femmes libérales nous dire «Je ne fais pas le suivi de la grossesse, je ne fais que la préparation... pour le reste adressez-vus à un gynécologue." A quoi servent vos quatre ans d'études obstétricales si vous acceptez une telle réduction de vos compétences ? A qui, sinon a vous, demander de nous alder àdécoder tous les petits messages venant du bébé que nous portons ? Lorsque vous vous faites l'interprète de ce qui se passe en nous physiologiquement, vous nous mettez en contact direct avec l'enfant. Cela nous donne une force qui nous achemine progressIvement vers une moIndre dependance à l'égard du monde médical, de l'environnement, des médias. Vous nous donnez ainsi conscience de nos propres capacités maternelles. Si la femme enceinte ne peut trouver en vous l'interlocutrice unique dont elle aurait besoin, elle est en outre de plus en plus souvent confrontée à un choix ou pseudo-choix de méthodes dites de « préparation à l'accouchement ». Il nous semble qu'actuellement on insiste beaucoup trop sur ces préparations, au détriment de l'accouchement lui-même; et les médias ont une grosse responsabilité dans ce domaine. Nombre de ces préparations sont en outre plaquées artificiellement sur la vie des femmes: certaines se mettent à aller à la piscine alors quelles n'aiment pas particulièrement l'eau; d'autres se mettent à danser alors qu'elles ne le font jamais habituellement. Tout cela sur la foi de certaines publications spécialisées qui leur font croire qu'ainsi elles accoucheront bien. Ces loisirs sont certes agréables, et ont en tout cas le mérite d'offrir un lieu de rencontre pour les femmes enceintes, mais il me semble mensonger de laisser croire aux femmes que pratiquer gymnastique,  relaxation, yoga, danse ou autre est le gage d'un bon accouchement. Ce n'est pas une méthode qui accouche, c'est une femme! Bien souvent, dans une préparation réussie, ce que l'on aime, c'est rencontrer d'autres femmes enceintes; on aime aussi la relation qui s'établit avec la sage-femme; on a parfois le temps de parler... Les consultations hospitalières ou les visites obligatoires chez le gynécologue nous laissent souvent sur notre faim de ce point de vue-là.
  • Ce qui est souvent douloureux est d'avoir à faire le deuil de ce lien ébauché avec les sages-femmes de préparation (quand on a eu la chance de n'en avoir qu'une ou deux!) au moment où devraient se concrétiser les échanges, la connaissance réciproque, les liens tissés pendant la grossesse.
  • Si je peux attester que beaucoup de femmes souffrent de cette situation, vous aussi vous êtes nombreuses à vivre cette frustration, c'est-à-dire suivre des femmes pendantplusieurs mois, les aider à préparer la naissance de leurenfant, sans en voir l'aboutissement. Nous ne voulons plus de cette cassure qui nous est néfaste, à vous comme à nous.
  • Par ailleurs, en vous cantonnant exclusivement dans la préparation à l'accouchement, en refusant le suivi de grossesse, la pratique des accouchements, vous vous laissez pousser vers des voies de garage. Ce n'est pas votre intérêt, ce n'est pas le nôtre non plus. Nous ne voulons pas vous perdre. Votre profession est irremplaçable en matière de naissance. La grossesse, l'accouchement, les suites de couches font partie d'un tout: la vie. En pratiquant un accompagnement global de la naissance, vous pourriez exercer votre métier dans toute sa plénitude. On veut nous faire vivre la grossesse comme une parenthèse de notre vie, qui plus est, une parenthèse médicale. Mais la réponse médicale à une grossesse normale est pour nous une fausse réponse, parfois génératrice de pathologies. Préparée à accompagner la naissance physiologique ou eutocique, la sage-femme pose sur nous un regard de confiance, radicalement différent de celui du médecin, qui de par sa formation, sa fonction, recherche une pathologie. Ce regard est en outre un regard de femme. Sans tomber un féminisme facile, il faut convenir que vous êtes celles qui détiennent le savoir ancestral de l'art de la naissance, intégré en vous au fil du temps par les dizaines, les centaines de femmes que vous avez accompagnees. En offrant un accompagnement global de la naissance, votre rôle pourrait être d'aider la femme, la famille, à se rassembler et à s'unifier.
  • Lors de l'accouchement, outre la surveillance du bon déroulement du travail, vous remplissez une fonction à la fois simple et vitale: celle de prendre le relais lorsque nous touchons ou croyons toucher nos propres limites. Après la naissance, votre rôle n'est pas moins important. Il est en effet de favoriser, et au minimum de ne pas perturber, le lien qui s'établit entre l'enfant et sa famille. Vous savez que beaucoup de choses se jouent dans les premiers instants. Un lien perturbé gravement au départ est très déstructurant pour la famille, alors qu'au niveau purement médical tout le monde est satisfait: objectivement, «tout s'est bien passé ». Cette situation, hélas assez fréquente, est très culpabilisante pour la mère, qui ne devrait théoriquement n'avoir que des raisons de se réjouir et qui est rarement en mesure de mettre en mots sa détresse intérieure. On lui parlera donc de dépression de suites de couches. Qui est mieux placé que vous pour nous mettre des mots sur ces petits ou grands problèmes dont nous n'osons pas parler à une équipe médicale?Qui est mieux placé que vous pour lever les obstacles qui parfois s'opposent à un allaitement réussi
  •     Je sais, pour l'avoir vécu à trois reprises, que votre métier peut être tout autre chose que ce qu'il est ou paraît être actuellement. Avoir affaire à une même personne pendant la grossesse, l'accouchement, les suites de couches me semble être la meilleure façon de vivre la naissance. Vous pouvez nous offrir compétence, sécurité et complicité chaleureuse.

    A entendre les récits de celles qui n'ont pas eu ma chance, j'ai le sentiment d'avoir bénéficié d'un luxe rare dans notre société: celui d'avoir mis moi-même mes enfants au monde, avec la présence discrète mais irremplaçable de la sage-femme que j'avais choisie. Elle qui me connaissait, se tenait prête à n'intervenir que si nécessaire et me faisait ce cadeau royal de croire en ma propre compétence en matière de maternité, au lieu de vouloir me former, me couler dans le moule d'une préparation, d'une technique quelconque.
    Mon souhait aujourd'hui est que beaucoup de sages-femmes aient ce désir d'offrir aux femmes un accompagnement global de la naissance de cette qualité. 
    Parents, sages-femmes, enfants, nous avons tous à y gagner. Si la naissance d'un enfant est un événement unique dans la vie d'une femme, votre profession est elle aussi unique, irremplaçable, universelle.