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page 91 - une chambre de naissance au CHU de Rennes - équipe des sages-femmes du CHU

Nous allons témoigner de notre expérience d'un lieu différent de naissance créé dans le service de maternité du Centre hospitalier universitaire de Rennes (France).

    En 1986, le projet de service visait à améliorer l'accueil et la qualité de vie en maternité. Les demandes de plus en plus fréquentes des couples désirant accoucher à domicile nous ont conduites à réfléchir sur la conception d'un lieu différent de naissance, plus intime et plus familier. La volonté d'évolution au sein du service a persuadé le directeur de l'établissement de la nécessité de sa création. La chambre de naissance a donc vu le jour en mars 1987. Comment se présente-t-elle?

    Imaginez une pièce rectangulaire d'une vingtaine de mètre carrés, aux murs lambrissés, aux teintes brunes, jaunes, orangées pour que domine une atmosphère chaleureuse et calme. Quand on entre, à droite, se trouve dans l'angle le «lit d'accouchement» qui mesure deux mètres sur deux et quatre-vingt-dix centimètres de haut: il est recouvert d'un matelas, de plusieurs coussins de consistance différente, pour permettre un plus grand confort de la femme pendant le travail et la naissance. La tête du lit peut se rabattre pour permettre aux anesthésistes d'intervenir en urgence. Sur le mur, au niveau des yeux, à la tête du lit, se trouve la prise d'oxygène et de vide dissimulée dans un placard qui se confond avec les boiseries. A l'angle opposé se trouve une baignoire de cent quatre-vingts centimètres de long sur cent vingt de large avec effets bouillonnants, munie d'un repose-pied et d'une barre transversale réglable pour que les femmes puissent se relever facilement. Une table de soins munie d'un coussin est prévue pour le nouveau-né.

Quels ont été les critères de choix de création de cette pièce?

     Une réunion de service a été organisée le 30 janvier 1987 avec les obstétriciens, anesthésistes, internes, psychologues, sages-femmes, pour définir les critères d'utilisation de cette chambre afin de lui conserver sa spécificité: sa non- médicalisation. Elle devait en effet répondre à un désir des couples, mais en même temps permettre à l'équipe médicale d'assurer un travail en toute sécurité.

     Voici la synthèse de cette réunion. La chambre est à proposer en priorité aux couples qui le désirent, dont la femme a suivi une préparation à la naissance et pour laquelle il est établi un bon pronostic pour l'accouchement. Le pronostic est confirmé par le premier examen de la sage-femme en salle d'amnioscopie et par un «monitorage» de vingt minutes. L'utilisation de la baignoire est déconseillée aux
femmes dont la poche des eaux est rompue. La surveillance du travail normal se fait en chambre de naissance avec: 
-examens réguliers; 
-surveillance cardiotocographique par télémétrie, modulable en fonction du
déroulement du travail; 
-enregistrement permanent lors de la naissance.
Si des pathologies se déclarent pendant l'accouchement, certaines sont traitées en salle de naissance, telles: la perfusion simple de syntocinon en fin de travail; le forceps
urgent pour modification du tracé; les délivrances artificielles, révisions utérines, quelles qu'en soient les indications; la réfection de l'épisiotomie. 

Impliquent un passage en salle de naissance classique:
-un enregistrement du rythme cardiaque foetal inquiétant ou pathologique; 
le travail dirigé avec pression intra-amniotique; 
-l'installation d'une péridurale; le forceps pour défaut de progression.

     Quand vient le jour de l'accouchement, nous accompagnons les couples en chambre de naissance, nous expliquons (pour ceux qui découvrent les lieux), le maniement du magnéto-cassette et le fonctionnement de la baignoire.
Nous fixons ensemble les modalités de la surveillance à venir (bruits du coeur, touchers vaginaux, etc). 
Grâce à la « télémétrie », les femmes peuvent bouger et marcher pendant le déroulement du travail. Ensuite, nous quittons la pièce pour laisser les couples prendre possession des lieux.

     Nous ne saurions vous rapporter en détail comment ils évoluent en chambre de naissance, rien n'est réellement défini ici dans cette pièce, pas de «cadre comportemental », lelieu permet l'expression de ce qu'ils ressentent.
Notre présence est discrète, et, en dehors des temps d'examen, nous n'intervenons qu'à la demande des couples. La plupart des femmes accouchent sur le lit, en position.
assise ou allongée, avec l'aide de la sage-femme, et nous laissons les parents découvrir l'enfant en sécurité dans ce grand lit: moment intense que nous partageons ou nonavec eux.

. Nous donnons les soins au nouveau-né dans la chambre de naissance et la baignoire posée sur le lit d'accouchement permet aux parents de participer au premier bain de
leur enfant. Dans les deux à trois heures qui suivent la naissance, nous tentons de concilier le plus harmonieusement possible la surveillance médicale et le respect de
l'intimité familiale.

    Que pensent les parents d'une chambre de naissance? A travers un questionnaire élaboré en 1989 nous avons pu découvrir, par rapport à une population témoin, que la chambre de naissance permettait une attente plus facile de la naissance, une plus grande détente et relaxation, une liberté de mouvement, une rencontre à trois plus facile et dans une plus grande intimité.

    Les éléments jouant un rôle positif dans l'événement de la naissance pour ces couples sont les suivants: l'aspect chaud, chaleureux de la pièce - les couleurs, le bois; le grand lit; la baignoire; la musique avant, pendant et après l'accouchement.
Ce qui ressort également de l'étude réalisée au sein du service est qu'au-delà du cadre la relation avec le personnel médical s'établit de manière différente. Les couples se sentent vivre une relation égalitaire soignant-soigné, ils semblent moins dépendants du personnel médical.

Quels ont été les bénéfices pour le personnel de la pratique des accouchements en salle de naissance?
    La création de la chambre de naissance nous a permis de réfléchir sur notre attitude, à nous sages-femmes, pendant l'accouchement, et plus largement sur nos pratiques professionnelles. En effet, nous travaillons dans un Centre hospitalier universitaire où les pathologies de la grossesse et de l'accouchement sont fréquentes. Celles-ci nous ont conduites à établir des protocoles très précis pour une meilleure coordination dans la surveillance médicale. L'application de ces protocoles entraîne une dynamique de décision dans le déroulement de la grossesse et
l'accouchement.
    En chambre de naissance, nous avons été amenées à nous effacer davantage, pour permettre au père de reprendre sa place. Nous avons dû aussi accepter de ne pas
vouloir tout régenter dans l'événement de la naissance.
Cet espace de liberté, laissé entre les couples et nous, pose parfois certains problèmes d'ordre professionnel. Citons, par exemple, le refus de la part des parents de certains soins à l'enfant (désobstruction, vitamine Kl...), et àla mère (refus de la rupture de la poche des eaux, de l'enregistrement du rythme cardiaque fretal...). Pour nous adapter à ces demandes, nous avons dû apprendre à faire confiance aux compétences des couples, ce à quoi notre formation ainsi que la pratique régulière de notre métier dans un Centre hospitalier universitaire nous a peu préparées...

    Malgré ces difficultés, le travail en chambre de naissance est plus facile pour nous, car les couples se prennent en charge. Dans les autres salles de naissance, n'ayant pas toujours réussi à cerner leurs désirs profonds par rapport à la naissance, nous sommes quelquefois amenées à «penser » à leur place et à avoir alors un comportement plus ou moins stéréotypé.

    Nous pouvons dire en conclusion que la création de la chambre de naissance au sein de notre service a contribué à remettre en question nos pratiques obstétricales, à réfléchir sur les compétences naturelles des couples... Et à nous poser de sérieuses questions: en tant que professionnelles de la naissance, que faisons-nous pour laisser se développer ou s'affirmer ces compétences; chez les couples que nous voyons pendant la grossesse, en consultation, à l'accouchement, en suites de couches, pour qu'avant tout la naissance reste un événement familial dans l'histoire d'un couple?

    Nous avons pu mieux cerner également, grâce à ces couples, les éléments qui jouent un rôle facilitant dans l'événement de la naissance: une équipe médicale à l'écoute, et des espaces chaleureux et intimes. Grâce à cette expérience, nous allons développer dans nos autres salles de naissance l'aspect chaleureux pour que les couples puissent se sentir plus à l'aise, plus en intimité. Nous pouvons imaginer qu'en même temps ils s'en remettront moins à l'institution médicale, et gagneront une certaine autonomie dans leur vie d'adulte et de parents.
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Pour compléter ces informations sur les chambres de naissance, vous pouvez lire l'article suivant sur internet

http://alexandra.harpet.free.fr/par2/accueil.htm